Souvenirs de
carrière

Par Jacques Houde (32)

L'époque Radio-Canada (1975)

Je sais, je sais, il n'est pas toujours bon de parler de soi. Mais qui le fera pour moi? Non, je ne sens pas la fin, mais je suis tellement fier d'appartenir à cette grande famille DLHMB que raconter les péripéties de l'un de ses membres pourrait donner encore plus de fierté à votre humble auteur et sans doute à la descendance Louis Houde et Madeleine Boucher. Ces quelques précautions prises, je vous invite à partager avec moi ces excitants moments vécus en France dans les années 1978-79.

J'avais, suite à un court séjour comme animateur à Radio-France (France Inter) à l'été 1976, obtenu quelques commentaires qui avaient plu (semble-t-il) à la direction de l'époque. J'ai encore dans une boîte les centaines de lettres reçues lors de mon passage (2 semaines d'animation dans le cadre des échanges de Radio-Canada avec la France, la Belgique et la Suisse). Quelle ne fut pas ma surprise un beau matin de mai 1978, alors que j'enregistrais aux Îles-de-la-Madeleine une émission «Les Ateliers», de recevoir le message, «prière de rappeler Monsieur Pierre Wein, directeur de la programmation à Radio-France». Appel auquel que je m'empressai de répondre la journée même. On m'invitait à faire un « saut » en France, pour discuter de la possibilité d'animer une tranche horaire à l'antenne de la radio de Paris. Faut dire qu'en 1978, les radios en France n'étaient pas si nombreuses qu'aujourd'hui. Trois grandes radios, c'était tout.

Avril 1978, le jour de mon anniversaire de naissance (que je tairai) j'étais dans l'avion qui m'emmenait à Paris. Imaginons quelques instants le petit animateur de Radio-Canada, originaire de Petit-Saguenay, Chicoutimi, dans les bureaux des grands décideurs de Radio-France. On m'offrait à compter du 8 juin 1978 d'animer à chaque jour de la semaine la tranche horaire de 12h30 à 14h00. Ouais, mais à quelles conditions? Je suis employé permanent de Radio-Canada. Animateur à l'époque de l'émission radio « la barre du jour » (06h00-09h00), propriétaire d'un bloc d'appartements dans le Vieux Montréal qui me donne des maux de tête et vide mon porte-monnaie, des locataires qui ne sont pas pressés de payer le loyer (j'ai encore en ma possession une statue de Jeanne d'Arc, retenue en paiement d'un mois de loyer d'une de mes locataires), des tuyaux qui gèlent en hiver, heureusement nous approchions de l'été.

Enfin au retour à Montréal après discussions avec la direction programmes de Radio-Canada, celle-ci consent à m'accorder une année sans solde et sans perte d'avantages sociaux (c'est aujourd'hui que je l'apprécie). Et je mets en branle le déménagement. Sous-location de l'appartement que je partage dans le « fameux bloc », vente de la voiture que je venais tout juste d'acheter (Mercedes 1977, qui ne coûtait presque rien à l'époque, personne ne voulant de ces voitures importées, c'est drôle quand même). Et, il ne faut pas oublier que je suis le papa d'une grande fille de 14 ans à l'époque, Nathalie. Et Nathalie vit avec moi. Mais en accord avec celle-ci, c'est la grande décision, nous partons pour la France le 1er juin de la même année. Parmi les avantages négociés, le séjour à l'hôtel en attendant de trouver le gîte pour la grande aventure.

Nous habiterons finalement le 26 rue du Laos, Paris VIe (1,000$ mensuel, une aubaine à l'époque, un meublé). Nathalie s'inscrit au lycée Buffon, mais comme je devrai sortir de Paris souvent, il faut quelqu'un pour prendre soin de ma grande fille, qui ira au Lycée. Ma sœur Colette sera du projet et c'est elle qui gardera appartement et grande fille. Et commence la belle aventure le 8 juin 1978.

Le titre de l'émission : « Salut la parenté »! Ce n'est pas moi qui avais déniché ce titre. Pierre Wein, le directeur programmes, avait un jour visité Matane (chez-nous) et rencontré de gens qui lui avaient parlé du festival « Salut la parenté ». Ce fut fait, le titre serait rapatrié en France et je serais l'animateur de cette émission. Le concept étant le suivant, un québécois de souche (hum!) débarque chez une famille française et pendant une semaine fait connaissance de celle-ci, son village ou commune, les particularités régionales.

Une équipe de cinq réalisateurs me sera confiée. Deux recherchistes avec moi pour dénicher les parentés que je devrai à mon tour faire connaître à l'auditoire français. Quelle aventure! Un jour à Saint-Malo, un autre à Saint-Tropez, Rouen, Bordeaux, Biarritz, toute une embardée. Mais quel bonheur d'être ainsi accueilli dans une famille française et de réunir avec celle-ci une pléiade d'invités qui racontent le pays que je visite. Faut-il le dire, la France pour moi maintenant c'est des centaines de petits pays, tellement la vie, les coutumes, accents et cultures changent d'une région à l'autre. J'ai eu pendant 18 mois le bonheur et l'honneur de vivre ces différences qui rassemblent (et nous ressemblent dans beaucoup de régions françaises). Je me rappelle ces vieux accents berrichons on aurait dit mon grand-père Joseph avec son accent grave, roulant les « r ».

Visiter ces régions de France, c'est aussi goûter à chacune de celles-ci. Que de repas gargantuesques je me rappelle, nous qui étions en quelque sorte les porte-parole des régions de France que nous visitions et présentions à l'antenne radio. J'entends encore avec quelle fierté ces gens racontaient leur coin de pays, leurs secrets gastronomiques, l'histoire (ah! les Français connaissent bien leur histoire), les chants typiques, les histoires que l'on raconte. Je me souviens, à Saint-Malo, un vieux Cap-Hornier, le capitaine Gauthier (un nom de chez-nous, tiens!) qui pendant une heure me racontait dans son accent malouin les péripéties vécues durant ses voyages. Il avait franchi le cap Horn au moins sept fois. Et je me revois à Rouen, là où Jeanne d'Arc fut brûlée. Et Saint-Tropez en été où les plages sont bondées de vedette. Je me revois Place des Lices, accueillant les grands visiteurs de passage (voir photo).

(suite)

Au micro de France-Inter,
1978-79

La Maison de la Radio française

TV Hebdo, 24 juin 1977